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Working Paper - VERS UN NOUVEAU 14 JUILLET? LE "KRONPRINZ" ET LE"BOUC-EMISSAIRE"

Sur la crise du régime bi-partisan et les rebelles anti-système
Auteur: 
Irnerio Seminatore
Date de publication: 
2/4/2017
VERS UN NOUVEAU 14 JUILLET?

LE "KRONPRINZ" ET LE "BOUC-EMISSAIRE"

Sur la crise du régime bi-partisan et les rebelles anti-système



Irnerio Seminatore
(19 mars 2017)

 

Le danger et ses interprétations

En France, aux Pays-Bas et en Europe, le danger contre lequel les peuples européens ont à se défendre est le transformisme et la crise du régime bi-partisan, découlant d'un choix de société; autrement dit, de l'option entre changement apparent et changement radical. En effet, la crise du système de représentation politique, en sa vieille configuration droite/gauche se délite et se recompose en une crise des piliers traditionnels du système des partis, l’émergence de nouvelles formes d'identifications des intérêts et une désagrégation des héritages utopistes et centristes. La société change plus vite que les formes de pouvoir et recherche désespérément un ancrage de confiance et d'espoir. A droite comme à gauche, les attentes sont grandes et la mobilisation des appareils immense. La victoire à la Phyrrus de Rutte aux Pays-Bas, laisse intact le fond, la fragmentation politique, la montée électorale de Wilders et l'effondrement  historique de la sociale-démocratie. Crise existentielle à gauche, stabilité relative au centre, ascension lente et constante à droite et fragmentation générale, typique des systèmes représentatifs proportionnels, porteurs d' instabilité et de coalitions.
En France, une crise majeure se dessine sur l'écran de l'Histoire immédiate. Elle est marquée par un choix de société, puis par une transformation du système de représentation, qui devient  tri-partisan et in fine par l'apparition de nouveaux clivages système/anti-système et la  réorganisation identitaire du pays. Ouverture ou repli, tel est le dilemme actuel de l'impasse existentielle.
Allons nous vers un nouveau 14 juillet?

Au plan économique et institutionnel, deux modèles de société s'opposent, doués d'une cohérence minimale:


- société ouverte, économie de marché et Union Européenne ;
- identité structurante, préférence économique nationale, sortie de l'Euro et de l'UE.

Dans les salons du pouvoir, une révolution de palais est en cours et son péril ne vient pas de la stratégie générale d'immobilisme et de pourrissement de Hollande, menée à l'échelle européenne et nationale, mais de la tactique innovante et calculée de Macron.

La tactique du "Kronprinz" Macron.

En effet, si la stratégie générale de Hollande ne peut être appliquée que sur un terrain favorable, la tactique du Kronprinz (Macron), modernisateur-réformateur et porteur d'un curieux mondialisme monarchique, est indépendante des circonstances favorables, car elle est l’œuvre technique et réfléchie d'un joueur d'échec.

Macron est l'artisan du moment opportun, du coup bas déstabilisateur, puis du jeu de bascule de l'équilibre des pouvoirs, enfin de l'attente de l'épuisement du parti au pouvoir par hémorragie interne à la manière des félins et de l'intervention massive des médias.

Pour compléter et mieux éclairer cette tactique, un réseau croissant d'alliances a été activée avec succès, proposant à la France un "modèle nordique" de société, une sorte de "société libérale avancée", à la Valéry Giscard d'Estaing de 1974.
"Je suis pour un renouvellement profond de la répartition des rôles entre l’État et les partenaires sociaux" (Macron) et, quant au  projet réformateur, à la recherche d'une majorité présidentielle, fondée sur "un contrat avec la Nation", impliquant, pour  les élections législatives successives, une "majorité de coalition" pour gouverner.

Cependant, cette  tactique du moment opportun, écrite probablement d'avance, s'est spécifiée en trois moments de campagne, à savoir:

- une attaque indirecte de déstabilisation de l'adversaire désigné du système (Putsch anti-Fillon) ;
- une surveillance calculée du candidat anti-système (connivence du partenaire/adversaire, institué en danger public n.1, Marine Le Pen) ;
- une fragmentation, marginalisation et absorption des acteurs de l'échiquier électoral, isolés, désorientés ou séduits (Bayrou, Le Drian, Marielle de Sarnez, à engloutir par la méthode reptilienne du Boa Constrictor).

Ces différentes scansions, désignant les moments abstraits du transformisme institutionnel, sont repérables dans d'autres contextes nationaux et constituent des passages obligés de toute remise en cause des élites de gouvernement.

Or, un danger existe en Europe et il s'appelle "Printemps des Patriotes" ou "guerre civile ethnique".
Il peut venir de partout, de situations "marginales" dégradées, périphériques, raciales, de "non-droit", implosives et globalement anti-système.
Le dégoût monte dans le cœur des gaulois et demande aux politiques un nouveau cap dans la direction du pays.
Il faut voir clair dans le soleil !
Les rebelles sont là et brûlent  d'un désir de sens et d'une volonté d'action.
C'est un danger croissant et bien réel, qui est ressenti comme plus inquiétant que la venue des extra-terrestres et des hommes verts de Orson Wells.


La situation générale en Europe en ce printemps 2017

Si l'on voulait bien considérer l'originalité de la situation politique générale en Europe, au printemps 2017, elle pourrait être résumée en une série de circonstances spécifiques dont voici une énumération simplifiée:

- le Brexit, son impact symbolique et sa future négociation; 
- les répercussions des élections néerlandaises en France et en Allemagne;
- la crise diplomatique entre la Turquie, les Pays-Bas et l'Allemagne, marquée par l'absence de solidarité de la France;
- la poursuite de l'invasion migratoire hors contrôle en sa relation au terrorisme djihadiste;
- l'absence politique de l'Union Européenne sur la scène internationale et la mise en place, par le dernier Sommet européen d'une Europe à deux vitesses, à l’euthanasie assurée.

Autant de flashs sur le vide politique qui règne et sur le drapeau blanc de la capitulation de l'Europe fédérale.

L'augmentation prévisible de ces variables d'ajustement, systémiques et spécifiques, constitue un facteur très puissant d'instabilité interne, sans parler de l'instabilité et de l'insécurité internationales, qui vont affecter le cadre constitutionnel et la place des Pays-Bas et de la France dans l'ordre géopolitique de demain.

Les élections et la défense de la démocratie

La réponse du monde politique à la "défense de la démocratie" a été très différente en France et aux Pays-Bas. En France, elle est passée par une formulation abstraite de l'antagonisme social, sous la forme d'une opposition entre système et anti-système, et, aux Pays-Bas, par le respect du principe de la non ingérence dans les affaires intérieures d'un autre État (Turquie, Traité de Westphalie).

La différence plus notable entre la campagne néerlandaise et française aura été le succès de la rhétorique anti- système en France, comme critique de la connivence entre élites au pouvoir et le succès présumé de "l'endiguement" idéologique du "populisme" aux Pays-Bas.

Le recours, en France, à la théorie des systèmes, pour être bien comprise et devenir politiquement efficace, doit tenir compte de la doctrine du complot, dans un pays de déification traditionnelle du pouvoir d’État.
Transposée dans la situation actuelle de crise de la République monarchique de la "Grande Nation", la réponse aux défis de la "façade démocratique" de la souveraineté est devenue la doctrine ancestrale du "Bouc Émissaire".

Fillon, le "Bouc-Émissaire" et la revanche du système

Fillon, selon la doctrine du "Bouc-Émissaire", représente et incarne le rôle de la "victime idéale" qui focalise toutes les exécrations du peuple et qui exige son meurtre et la rédemption du pays.

Pour que la France soit sauvée d'elle-même et de ses démons, il faut que le "Bouc-Émissaire" soit tué comme le démontre René Girard.
Pour que la France renaisse, il faut que Fillon soit sacrifié et tout le monde, à droite comme à gauche, doit y consentir par un acte de violence sacrée.
Pour que la réconciliation du système politique devienne permanente, et donc stable, l'assassinat devient nécessaire.

Il s'agit là, de surcroît, de la relecture du mythe d'Œdipe (réincarnation de De Gaulle par Fillon). Cette relecture marque, profondément, l'anorexie du politique et le "désir mimétique" (René Girard). En effet, on a fait porter sur une seule personne ("le coupable idéal" / Fillon / le rebelle du système), toute la haine que l'on éprouve pour les élites (richesse, double vérité, mensonge).

Ainsi, on a fait de lui, au sens politique une "victime expiatoire". L'accusation infamante, portée contre lui, a été proche du sens religieux, celui de la pureté et de l'intégrité surnaturelle, qu'appelle la détestation collective de la cupidité.

La théorie du "Bouc Émissaire" permet à la société française laïcarde et encline à l'auto-destruction, de se purifier et de revenir à ses mythes anciens. C'est un acte sacrificiel décisif qui établi un lien entre violence et sacré. Aux Pays-Bas, le "Bouc Émissaire" a été Erdogan et le "Dies Irae" a été reporté sur "l'Antéchrist de Ankara".

A l'origine de la théorie, il y aurait le "désir mimétique", le désir de posséder ce que l'autre désire et possède, le pouvoir et la puissance; le désir propre au modèle idéalisé (Fillon); un objet de convoitise qui efface tous les autres (jalousie, satisfaction, succès).

Ce désir a besoin d'un médiateur, aimé ou détesté. Dans cette lecture, Fillon est aussi l'incarnation de l'Absurde, comme Don Quichotte. Le rôle absurde d'être le  chevalier rebelle dans un monde désenchanté, laïcisé, anti-héroïque et aliéné.

De surcroît, ce "désir" débouche, selon la théorie, sur des crises et des conflits en chaînes, car il déchaîne les mécanismes de la rivalité et rejoint ceux de la violence, sans l'intervention providentielle d'un "tiers" (Macron). C'est à ce moment là que les gardiens du temple demandent l'élimination du "Bouc Émissaire".

Pour marquer sa ruse, le sujet épris de la rivalité (Macron) fait passer le modèle (Fillon) pour l'imitateur du mythe (De Gaulle). Puisque les deux sujets désirent la même chose (la place du "Léviathan Républicain"), ce "désir mimétique" se propage sous forme d'antagonisme et de violence à toute la société.

Étant donné que la spirale de la violence est incoercible et la loi du talion pousse à la vengeance, l'antidote de cette escalade est, selon les mythes ancestraux, le sacrifice du "Bouc Émissaire". Ce sacrifice est religieux et de nos temps politiques, puisqu'il calme la colère de Dieu (le peuple "divinisé").

A la vieille logique hobbesienne de la "lutte de tous contre tous", se substitue la logique rédemptrice de "tous contre un". Ce que nous raconte l'interprétation du mythe d’Œdipe est que pour calmer la violence, il faut qu'il y ait un coupable, car la cible humaine apaise symboliquement les pulsions agressives, individuelles, de groupe et collectives.
Ici et à tout moment, le "sacré" c'est la violence et ce "sacré" naît de la violence, bref de la volonté des hommes de l'éradiquer pour toujours et de fonder l'amour entre les hommes sur  la conciliation des passions et des contrastes.

Or, si le "Système" est la République, la corruption des élites, le mondialisme et le régime des partis, "l'Anti-Système", c'est la France, la Nation, une certaine idée du "vieux pays", le gaullisme social, la lutte contre le complot et la souveraineté immémoriale , léguée par la longue usurpation du pouvoir et par l'identification fusionnelle du Peuple et du Roi
L'importance des enjeux et le dégoût grandissant  des élites nous conduiront-ils vers un nouveau 14 juillet?

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