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Working Paper - L'EUROPE ET SES NATIONS FACE À LA MONDIALISATION

Utopie et Realpolitik
Auteur: 
Irnerio Seminatore
Date de publication: 
28/3/2012

Table des matières

  1. L'EUROPE, LE MONDE ET LES DEUX CULTURES

  2. L'INVERSION DES PARADIGMES ET LE RETOUR AUX ÉTATS

  3. LA MONDIALISATION, SES DÉTERMINISMES ET SON ÉTENDRE

  4. LA MONDIALISATION ET LE BESOIN D'ÉTAT

  5. L'EUROPE, LA POLITIQUE ET LE DIMENSIONS DE LA CONSCIENCE HISTORIQUE

  6. DROIT ET POLITIQUES. LES CONDITIONS DU « POLITIQUES »
    ET DE LA « POLITEIA » DE L'UNION

  7. LE RETOUR AUX ÉTATS

  8.  SUR LES QUESTIONS ESSENTIELLES

I. L'EUROPE, LE MONDE ET LES DEUX CULTURES

Après deux décennies de Traités et de débat institutionnel les Européens doivent se réconcilier avec les inconnues de la vie internationale et avec les finalités de l'aventure commune, s'interroger sur eux-mêmes et sur leur rapport à l'Histoire, au cœur d'une dialectique permanente entre la stabilité et le changement, la constitution et la politique, la règle et l'événement.

Ils doivent s'interroger sur ce qu'est la relation entre la théorie du droit et la politique, les concepts classiques et non anachroniques d'État et de souveraineté, de constitution et de loi. Pour terminer ils doivent revenir aux vrais sujets de la politique européenne, les sujets qui décident.

Le premier impératif est de prendre acte des mutations de la conjoncture internationale, ce qui marque l'avènement d'une géopolitique planétaire et un autre rapport de l'Europe au monde, une véritable 'Weltanschauung' stratégique due au fait que l'Europe, en sa nouvelle historicité, est devenue l'isthme occidental du Rimland eurasien, inscrite dans la dimension de la politique globale.

Les coordonnées de cette politique sont dictées par de nouveaux paradigmes, expression d'une autre contrainte ou nécessité, philosophique et historique.

  • l'Eurasie à la place de l'Europe ;

  • le désordre international et le bruit de fond de l'Histoire violente;

  • la définition des intérêts essentiels de l'Union et une politique de sécurité à l'échelle planétaire;

  • le passage d'une « logique de négociation permanente » entre les États européens à une phase d'équilibres de compétition;

  • une transformation du rôle de l'Alliance Atlantique et un rééquilibrage du pôle européen.

  • une connexion redéfinie entre multipolarité et multilatéralisme et entre « hard » et « soft power ».

Ces coordonnées, décidément systémiques, poussent à une distinction plus nette entre pôles de puissance et à la définition des intérêts globaux de l'Union sur le long terme, resserrant les politiques étrangères des Pays Membres.

Dans cette nouvelle conjoncture, les européens doivent repenser le « sens » de l'Union, les failles de la mondialisation et les limites de la politique globale et cela au nom d'une nouvelle utopie, totalement déliée du fonctionnalisme. Ils doivent décider s'ils poursuivront unis, ou s'ils reprendront les chemins des voies solitaires. Et, face aux limites de la dimension historique des Nations, si l'action politique et les options choisies, leur permettront de continuer à vivre ensemble au sein de l'Union et dans l'Histoire ou s'ils disparaitront de l'horizon de celle-ci. C'est une question de « sens », de choix et de culture.

Or, deux cultures s'opposent en Europe et dans le monde : la culture dépolitisée de la Gouvernance et du normativisme fonctionnaliste et la culture classique, décisionniste et souverainiste de la « Balance of Power », reflet de deux procès, celui de la modernité Wesphaliénne et Stato-nationale, qui est loin d'être mort, et celui de l'interdépendance globale et de la post-modernité, qui prétend la remplacer. L'une, réaliste, parle à l'Histoire et à la grande stratégie, l'autre, idéaliste et constructiviste, à l'économie, aux sociétés civiles et aux figures fictives des citoyens. L'Europe intégrationniste, menacée d'insignifiance, est en crise, parce qu'elle est en porte à faux par rapport à l'évolution du monde. En effet elle n'a pas sa place ni dans une logique, ni dans l'autre, et elle subit une crise de gouvernance sans disposer d'un modèle social viable et accepte une carence de leadership sans opposer une idée forte d'ordre international praticable. L'Union Européenne est dans une situation d'équilibre entre ces deux espaces, paradigmatiques et intellectuels, théoriquement conciliables dans une seule dimension unifiée, celle historique de la puissance et celle économique d'un modèle de développement à soumettre aux options du politique.

Ainsi, elle est en crise d'identité, de décision et de pouvoir et donc de sens et d'avenir. Et cela à cause de l'absence d'une conscience historique adéquate, celle des changements de conjoncture et de période historique . Toutes les coordonnées institutionnelles en découlent, tant à l'échelle interne qu'à l'échelle internationale.

Dans la conjoncture politique actuelle, la plupart des déterminismes sont d'ordre mondial et relèvent d'une pluralité d'acteurs en rivalité et compétition qui ne sont plus hiérarchisées par un modèle de conduite prédominant, hégémonique, culturel ou politique. L'impératif existentiel de l'Union est dans le choix entre le réalisme hiérarchique d'un directoire responsable composé par l'Allemagne et par la France et l'utopisme d'un solidarisme faible, composé d'autres Etats-membres intermédiaires ou mineurs. Le dilemme est cruel: union politique ou lente dislocation institutionnelle et sociale?

L'ordre planétaire d'aujourd'hui n'est plus celui de l'immédiat après guerre. Le système international de la multipolarité évolue vers une dislocation politique des continents et est marqué par le retour des grands États continentaux sur le devant de la scène du monde et donc par la logique d'une paix d'équilibre, fondée sur des relations multipolaires asymétriques. Celles-ci ne comportent cependant pas, et pour l'heure, l'assujettissement des acteurs ou des pôles à une autorité supérieure prédominante et sont marqués, provisoirement, par une vide hégémonique.

Ainsi, l'organisation régionale d'une paix européenne fédérative douée d'un directoire dynamique devrait s'imposer à long terme mais sur une base hiérarchique ou Bismarckienne qui n'a pas besoin d'être écrite, à la manière du « jus publicum europaeum », car ce qui compte c'est que ces règles soient appliquées et tenues pour légitimes.

Force est de constater, au sein du concert européen, que les puissances régionales majeures, France, Allemagne ou Grande Bretagne, n'entendent pas mettre un terme à leur compétition et n'acceptent pas d'y substituer une réponse de pure coopération ou de solidarité effective.

Elles voudraient y exercer une coordination régulée, sous l'autorité d'un « Vrai » gouvernement de l'Union Européenne ou d'une Cour de Justice du Luxembourg. Or ceux-ci ne peuvent s'imposer aux États car leur autorité ne peut être supérieure à la juridiction politique de ceux-là, ni en ce qui concerne les grandes orientations économiques, ni pour ce qui est des grandes ambitions politiques.

En ce sens, ce « Vrai » gouvernement et cette Cour ne pourront juger des comportements politiques des pays membres, par leur nature insyndicables et discrétionnaires. Les États sont supérieurs à la loi commune et au droit associatif ou fédératif. L'ensemble européen n'est pas proprement fédératif mais associatif et contractuel. Dans ce cadre, un directoire est nécessaire afin d'éviter les mécanismes purement juridiques de sanction et ce directoire ne peut être qu'oligarchique et refléter des relations de puissance déjà établies et cependant en devenir.

II. L'INVERSION DES PARADIGMES ET LE RETOUR AUX ÉTATS

Le retour aux États en Europe et dans le monde est dû au fait que nous vivons des temps où l'essentiel est en jeu. Nous vivons des temps stratégiques, des temps de survie. Ainsi le retour aux États c'est d'abord le retour des vrais sujets de l'Histoire car l'Agenda mondial exige des choix d'orientation ou encore de stratégies indirectes, puisque ces choix ont pour but de faire effondrer l'adversaire par une manœuvre enveloppante et, si possible de l'intérieur. Deux cas exemplaires: l'URSS en 1991 et l'Union Européenne entre 2009 et 2012.

Au cœur de la mondialisation et de la sphère de l'échange, nous assistons au démantèlement des souverainetés et des identités, ce qui suscite le maintien (défensif) des acquis politiques (protection, sécurité, indépendance, bien publics).

Face à l'épuisement des ressources, à la redistribution de la puissance, aux immigrations de peuplement constituant de nouveaux sujets stratégiques et hostiles, le besoin d'un acteur identitaire fort et d'une Europe politique et pro-active deviennent des enjeux existentiels.

Le besoin d'un leadership et d'une hiérarchie de pouvoir, au dessus des actuelles institutions, se dessine également comme un impératif de toute conception d'avenir.

Aucune nation d'Europe ne peut emprunter aujourd'hui les chemins de la voie solitaire, la vielle et fatale « sonder weg ». Dans ce cadre, le multipolarime s'oppose au multilatéralisme comme le hard power s'oppose au soft power. Les répercussions de ces différents stratégies, économiques, politiques et institutionnelles sont analogues à celles d'une vraie guerre, où la finance exerce sa stratégie indirecte par le jeu des monnaies, des moments spéculatifs et des aléas sans risque.

III. LA MONDIALISATION, SES DÉTERMINISMES ET SON ÉTENDRE

Les dynamiques transformationnelles de la mondialisation provoquent un repli identitaire en Occident et un choc politique. Quelles en sont l'étendue et la force d'entrainement ? L'angle d'observation choisi pour en analyser la portée retiendra une pluralité de déterminismes.

  • La redistribution mondiale du pouvoir et de la puissance, stratégique et politique, qui préfigure un multipolarisme sans prédominance hégémonique (ce dernier ne dispose plus de la légitimité de la force, de l'idée historique ou d'une cause universelle qui permettent à un acteur d'assurer le modelage du système selon ses propres valeurs).

  • La grande transformation du capitalisme financiarisé, entrainé par un sur-endettement des États au cœur des démocraties. Cette transformation est liée à l'usure morale d'Hégémon et du système européen d'intégration. Elle en remet en cause le concept de hiérarchie et de leadership, tant en Europe que dans le monde, et revalorise la « Balance of Power »;

  • Pour terminer, la fin de l'universalisme, suggéré par l'élargissement de la démocratie et le déclin de l'exceptionnalisme politique et moral des États-Unis et de l'Union européenne. La conjonction de ces phénomènes appellent au retour des États et au primat de la singularité historique de l'expérience humaine. Cela signifie l'affaiblissement des institutions collectives de coopération multilatérale, associées à des stratégies non coopératives des BRICS et celui des institutions de sécurité collective, découlant des infortunes politico-militaires de l'Irak et de l'Afghanistan.  

IV. LA MONDIALISATION ET LE BESOIN D'ÉTAT

Le nouveau « cycle intellectuel », qui nait d'une nouvelle phase de la vie spirituelle de l'Humanité, marquée par le rétrécissement de l'universalisme européen, le réalisme politique, le relativisme moral et le particularisme historique, réaffirmant avec force le principe de la pluralité de l'expérience humaine.

    Cette grande crise est enfin intellectuelle et morale parce qu'elle marque, par le désenchantement « européen », la fin des illusions collectives, la dérive et la désagrégation des continents et le repli sur le « particulare » au sens machiavélien du terme, accompagné de la montée des visions pessimistes et déclinistes de la raison historique. Dans ce cadre, l'entrée en scène du peuple dans l'agora occidentale et du populisme dans le discours politique n'est guère l'entrée en scène du Dieu hégélien ou de la vérité dans le monde, mais de la révolte sans projet, de la fureur sans espoir et du temps immédiat sur la perspective à long terme. En effet l'État est le protecteur, en dernière instance, des défaillances du système de l'échange et des dérives économiques et financières engendrées par la globalisation.

Dans le cadre de la mondialisation le besoin d'État apparait comme l'expression d'une demande croissante de biens publics (la sécurité, l'environnent, la confiance, la liberté d'expression, la tradition, la science, etc qui constituent, dans l'évolution humaine et dans l'Histoire des civilisations, les piliers de la stabilité des systèmes.

Dans les limites de la multiporalité le retour aux États résulte d'un besoin de projets et de choix d'avenir ou encore du fait que nous vivons des temps où l'essentiel est en jeu et cet essentiel est assuré par l'État (la sécurité internationale) .

Du point de vue anthropologique et culturel ensuite, ce retour est le produit d'un besoin symbolique pérenne, l'exigence de l'esprit humain et de toute société de vivre dans une dimension imaginaire, dans une logique individualisante de biens collectifs, au sein d'un monde de valeurs éphémères.

En effet l'être social et l'identité politique, n'existent que par l'imaginaire d'un éthos, d'un nomos et d'un kratos, particuliers et spécifiques.

Du point de vue géopolitique et sécuritaire la permanence des États prouve que chaque acteur hérite une tradition particulière qui a engendré les nations, la souveraineté, le pouvoir et l'indépendance, bref la cohésion sociale et la liberté politique. L'immanence de la violence et la dialectique incontournable de la paix et la guerre transcendent ainsi les doctrines de l'utilité et de l'intérêt.

Du point de vue politique, il n'y a pas de démocratie sans volontarisme politique et pas de volonté sans contrainte.

    Au niveau axiologique, la mondialisation peut être définie comme un relativisme globale et non hiérarchisé de traditions hétérogènes et instituées. C'est l'ère de l'immédiat ou encore comme l'ère de l'émotion et de l'indéterminisme d'une Koïné transnationale et médiatique. C'est une époque aux multiples genèses et donc chaotique, transformationnelle et implosive.

V. L'EUROPE, LA POLITIQUE ET LES DIMENSIONS DE LA CONSCIENCE HISTORIQUE

Pour les Européens d'aujourd'hui, la mondialisation, c'est la fin définitive de l'euro-centrisme et l'affirmation du relativisme intellectuel marqué par une conjoncture mondiale de type multipolaire. Dans ce cadre, l'euro-centrisme exprime la contre-tendance d'une crise spécifique de la mondialisation, uniformisatrice et anti-étatiste.

L'époque actuelle apparaît grise et sombre aux chroniqueurs de notre temps, asservis à la création d'une opinion plus qu'à la recherche d'une vérité. Le mot de « politique » y est devenu trompeur, car il ne désigne plus, ou peu souvent, l'activité générale et fondamentale de la cité politique, constitutive de l'essence philosophique d'une cité, de son éthos plus que de son régime, de son esprit plus que de sa forme, de sa liberté plus que de sa contrainte. Le mot de politique désigne uniquement des stratégies sectorielles et fragmentées, économiques, ou sociales.

Le sens du vocable dans le premier cas est final ou entre principes et donc historique, dans le deuxième instrumental ou entre voies et moyens et donc technique.

La « grande politique », elle-même, s'est élargie à une réalité globale se caractérisant tantôt comme hard, tantôt comme smart ou comme soft, ou encore comme multipolarisme, multilatéralisme, et intégrationnisme. Par ailleurs, elle évolue dans le champ des antagonismes et des aléas, au sein desquels changent l'allégence ou la légitimité politique. Dans un système multilatéraliste ou policé, « l'unilateralisme » est l'expression dévoilée « d'un antagonisme sélectif » et d'une rivalité déguisée.

La finalité de la politique comme « sens » de la vie collective selon une idée ou un principe, ou comme direction d'une convergence voulue des événements a disparu, remplacée par celle du compromis général et d'absence de radicalisme et d'historicité.

VI. DROIT ET POLITIQUE. LES CONDITIONS DE LA « POLITIQUE »
ET DE LA « POLITEIA » DE L'UNION

Ainsi et en conclusion, une synthèse politique semble mieux convenir pour l'avenir du continent, C'est la synthèse politique de vérités partielles qui permettra à l'Europe de mieux maitriser son destin, au sein de turbulences imprévisibles et d'une mondialisation aux niveaux de pouvoir fortement hiérarchisés.

Dans les inconnues de celles-ci, quelle catégorie de raisonnement et quelle forme de régularité seront-elles en mesure de prévaloir? La régularité du phénomène hégémonique de la domination extérieure de Thucydide, la régularité des égoïsmes en compétition de Machiavel, l'impératif existenciel en toute situation d'une autorité souveraine de Bodin, le caractère fictif de toute communauté politique de Thomas Hobbes, la régularité essentielle de la « classe politique », oligarchique ou polyarchique, de Mosca, Pareto et Michels, la récurrence de l'antithèse entre Gemeinschaft et Gesellschaft de Tonnies, la récurrence des figures distinctes de la légitimation, traditionnelle ou moderne de Weber, ou la régularité de l'antithèse radicale de l'ami et de l'ennemi et, au delà, du monisme radical du chef décisif de Carl Schmitt?

Le débat sur les formes constitutionnelles et sur les limites actuelles du processus d'intégration (Confédéralisme ou Europe des États, Fédéralisme ou Europe des citoyens, Intégrationnisme ou Europe du fonctionnalisme et de la bureaucratie) permettra-t-il de trouver l'alchimie nécessaire à disposer d'une prévisibilité de la politique ? Permettra-t-il d'avoir une vision, des ressources et de l'autorité indispensables à affronter l'aléatoire, dans le but d'étayer, le moment venu, une unité interieure crédible et forte? Comment faire coexister l'utopie de la politique et la réalité constitutionnelle? Normalement, la « vraie » pensée est « destructrice », radicale et dramatique. À la racine de la politique et de ses catégories, il y a des obligations distinctes de celles juridiques, car le droit et la politique sont des réalités indépendantes, douées de catégories et de modes de pensée, propres et autonomes.

Or, le but d'affronter l'imprévisible doit être compatible avec les environnements culturels aux formules déstoricisées et idéalisées (Coopération entre les États, démocratie parlementaire, efficacité et transparence d'une bureaucratie rationnelle, aux intérêts économiques et sectoriels).

En revanche, ce but devrait être prêt au choc d'une « surprise stratégique » ou d'une « grande crise » politique, susceptible de provoquer l'anéantissement violent de l'ensemble politique, équivalent à une grande défaite historique. Affronter l'imprévisible exige de penser qu'une politique nouvelle se fait toujours aux frais d'une autre partie de l'humanité et qu'elle procède d'une hiérarchie et d'une force contraignante, absolue et disciplinaire.

VII. LE RETOUR AUX ÉTATS

Face à la mondialisation le retour aux États est un phénomène général plus encore qu'européen et indique que la légitimité planétaire d'institutions d'intégration régionales est une utopie. La confiance et la méfiance vis-à-vis de ces formes de pouvoir sont liées dans l'Histoire récente aux comportements politiques des États et à la valeur symbolique portée par la mémoire collective à leur égard. Le retour aux États en Europe induit une crise de légitimité de l'idée européenne, une limite du processus d'intégration, lui-même créé par la volonté des États, et un coup d'arrêt à la dispersion des pouvoirs, au nom d'une revendication démocratique permanente venant des sociétés civiles.

VIII. SUR LES QUESTIONS ESSENTIELLES

De grandes questions surgissent de cette nouvelle conception de l'Europe face à la mondialisation:

Où loge-t-elle aujourd'hui l'idée européenne, où se trouve-t-il l'essentiel du choix et le type d'unité à atteindre et sur quelle volonté politique peut-elle compter ?

- Quel régime politique résistera mieux aux chocs de l'Histoire et quel équilibre des forces, quelle hiérarchie des pouvoirs et quel leadership institutionnel sont souhaitables pour l'Europe de demain?

  • A quoi faut-il s'attendre des ruptures du système et quels seront-les amis et ennemis de demain, les alliés politiques et militaires et les modèles de société pour prospérer et pour vivre?

    - Quels visages prendront les idéaux et les grandes visions du monde pour mobiliser les coalitions nécessaires, celles de la liberté ou celles de la nécessité? Un avenir harmonieux ou une grande paix de compromis entre les continents, leurs philosophies, leurs systèmes politiques, économiques et sociaux est-il possible? Est-il viable?

  • Et enfin pour quelle image de l'homme, de la société et de l'État devra s'engager l'Europe ? Pour quel rôle de la culture, de la science et des humanités?

                                                                                                                            Bruxelles, le 15 mars 2012


*Ce texte est la première partie, réduite, d'un document présenté au colloque 'L'Europe face à la crise' organisé par la Faculté de Droit de l'Université de Nantes le 16 mars 2012, dirigée par le Professeur Arnaud LECLERC et par le Professeur Jean Marc FERRY, titulaire de la "Chaîre de philosophie de l'Europe".

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