LE SOMMET DE L'OTAN, LA DISLOCATION DE "L'ORDRE ANCIEN" ET LA REMISE EN CAUSE DES ALLIANCES

Auteur: 
Irnerio SEMINATORE
Date de publication: 
29/8/2018

TABLE DES MATIÈRES

- ORDRE NOUVEAU ET ORDRE ANCIEN

- SUR LA DISSUASION NUCLÉAIRE

- SUR LA NATURE DES DÉSACCORDS

- RÉVOLUTION CULTURELLE OU RÉVOLUTION DES PARADIGMES?

- LE NOUVEL AGENDA POUR LE XXIÈME SIÈCLE.

UNE BIPOLARITÉ RUSSO-AMÉRICAINE

- WESTPHALIE OU THUCYDIDE? L'ORDRE ANCIEN EN QUESTION

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Les Européens, sous le parapluie américain depuis 1949, ont pris brusquement conscience, lors du sommet de l'OTAN de Bruxelles des 10 et 11 juillet 2018, de la dislocation de "l'ordre ancien" et de l'émergence d'un "nouvel ordre multipolaire", fondé sur un équilibre global des pouvoirs et sur un concert mondial des nations.

Il fallait, dès lors, réintroduire comme facteurs d'équilibre la Russie et la Chine, afin de transformer les rivaux en partenaires et de préserver la stabilité du système. Ce que D.Trump fit explicitement quant à la première et implicitement quant à la seconde.

Cette prise de conscience s'est faite dans le désarroi, sous la menace des États-Unis de quitter l'alliance, en remettant en cause le lien transatlantique et la solidarité occidentale, si les engagements partagés sur la sécurité européenne (le 2% du PIB), ne seraient pas tenus à l'horizon 2024.

Le "partage du fardeau" de l'Otan a été la résultante d'une révolution des paradigmes, l'adoption de la réalpolitik et la révision de la stratégie atlantiste.

Il a comporté une redéfinition des enjeux, à la lumière desquels les États-Unis et la Russie pourraient entamer un dialogue bilatéral, au dessus de l'UE et de l'Otan, car l'axe de gravité du monde et l'espace de la coopération  et de la gouvernance du système se sont déplacés vers l'Asie-Pacifique, où les intérêts vitaux de Washington et de Moscou convergent, face à la montée en puissance de l'Empire du milieu.

Dans une perspective d'équilibre, aucun ordre international ne peut être assuré par un seule puissance, soit elle prépondérante et l'unité de l'Europe, dont l'Amérique a encore besoin, tarde cruellement à venir.

Les grands sujets de la nouvelle conjoncture du pouvoir multipolaire seront traités désormais sur un base bilatérale, en associant sécurité et commerce.

Quant aux décisions à prendre, les adaptations attendues de l'Alliance face à la guerre hybride, à la cyberguerre et à la désinformation, ont imposé une nouvelle structure de commandement et des déploiements militaires avancés et renforcés en Europe orientale, résumée parfaitement par la formule otanienne "4x30" (30 bataillons mécanisés, 30 escadrons aériens et 30 navires de combat, en place en moins de 30 jours). Cette coopération de sécurité devra s'inscrire par ailleurs dans la durée.

Ce sommet s'est déroulé enfin, dans une atmosphère de préoccupation, caractérisée  par la fin du multilatéralisme,le retour d'un univers diplomatique marqué par les rapports de force, l'affaiblissement des institutions supranationales et les jalousies traditionnelles des souverainetés renaissantes.

L'animosité de Trump vis à vis d'Angela Merkel, incarnation méprisée du multilatéralisme et de la crise européenne des migrants, a eu comme cible l'Allemagne, dépensant 1% de son PIB pour sa défense, ce qui ne donne - selon lui - aucune protection aux États-Unis.

En effet l'Allemagne cumule avec l'UE, 151 milliards d'excédents commerciaux vis à vis des États-Unis, rompant ainsi la solidarité euro-atlantique, puisque les américains protègent la France et protègent l'Allemagne, "totalement contrôlée par la Russie, car elle va tirer de 60% à 70% de son énergie du pipeline Nord Stream 2 avec la Russie "(D.Trump).

Après avoir engendré un climat de doute sur l'automatisme de l'engagement américain  en cas de crise (art.5) et avoir rappelé que Poutine "n'est pas un ennemi, mais un concurrent", la méthode utilisée par D.Trump, pour obtenir des avancées auprès des européens, a finalement payé, en termes d'objectifs poursuivis et des conclusions obtenues.

Cependant le resserrement d'une alliance militaire est d'ordre stratégique et géopolitique; il est un produit de réalisme, de convictions morales et de lectures de l'histoire.

C'est une affaire de confiance et de perceptions réciproques, plutôt que de monnaie et de fardeau, comme le rappellent les délégués de la "Ligue de Délos" aux Méliens dans "La guerre du Péloponnèse" de Thucydide:

"Les forts font ce qu'ils doivent faire et les faibles acceptent ce qu'ils doivent accepter!"

Le jeu des identités d'hier et d'aujourd'hui est très clair.

Le recentrage des intérêts sur l'Amérique est- il comparable à l'enchaînement des causes et des effets dans l'essor et le déclin d'Athènes, que le goût pour l'analogie historique projette dans l'ordre multipolaire d’aujourd’hui?

Or, dans la semaine du Sommet des 11 et 12 juillet, une rupture a émergé dans les perceptions euro-américaines réciproques.

Une tendance de fond est apparue, structurante et latente, où l’Amérique n'est plus ressentie comme l'amie indéfectible de l'Europe et qui, sous espèce d'Union, est perçue par les américains comme divisée, défaillante et déloyale.

Une Union qui "n'est plus un partenaire, mais un terrain de chasse", rien d'autre qu'une profiteuse et une voleuse, vouée au suicide démographique et à l'islamisme conquérant.

L'immigration pour l'Europe n'est pas du tout  une richesse - aux yeux de Trump - mais un appauvrissement et une honte, entraînant son déclin et sa chute et pouvant provoquer celle de l'Amérique.

Par ailleurs, l'Union, plongée dans un Brexit chaotique, offrirait l'image d'une mésentente interne irréversible. 

ORDRE NOUVEAU ET ORDRE ANCIEN

Ainsi il n'est plus question de revenir au passé, à "l'ordre ancien". L'urgence est d'affronter résolument l'"ordre nouveau", multipolaire, global et gestaltique.

Les vieilles élites européennes seront elles prêtes à ce "bond en avant", prôné avec brutalité par Trump?

Le Sommet de l'Otan n'a pas été celui d'une assurance ou d'une réassurance, concernant la pérennité des relations transatlantiques, mais celui d'une défiance, d'un doute et de deux scepticismes complémentaires et opposés.

Aux yeux des européens la disparition du Pacte de Varsovie n'a pas mis fin à toutes les menaces à l'Est du continent (Géorgie et Ukraine) et elle rappelle constamment l'exigence d'indépendance et de souveraineté, politique et militaire, du continent, surmontant, au delà des illusions récurrentes, le fossé de visions géopolitiques entre pays, où seule la France défend l'idée d'une autonomie stratégique européenne.

Dans les scénarios attendus pour un nouveau pacte de sécurité en Europe, l'alarmisme a été de mise, puisque une architecture de sécurité repose sur au moins trois éléments: un climat de confiance, un équilibre des forces et des garanties vérifiables, autrement dit des traités.

Or la plupart des traités stipulés sont caducs; en particulier le traité ABM de Moscou de 1972 sur le nombre de site antimissiles autorisés, abandonné en 2002 et le Traité de Paris de 1990 sur la réduction des forces conventionnelles en Europe, convenu avant la fin de l'URSS et les élargissements de l'Otan à l'Est.

La réactivation de ces accords devrait inclure les "boucliers" antimissiles de l'Otan en Pologne, la cyberguerre, le déséquilibre des forces conventionnelles et les nouveaux type de conflits, établissant un code de conduite de non agression informatique, sans oublier l'hostilité de Kiev vers Moscou.

Dans ce contexte, l'adaptation de la structure de commandement de l'Otan à la nouvelle perception de la menace est présentée comme la plus importante depuis la fin de la guerre froide.

Elle concerne les commandements aérien, maritime et terrestre et la coopération de l'Union Européenne pour favoriser la mobilité des forces en Europe et l'amélioration des infrastructures duales, ponts et voies ferrées, pour un montant de 6,5 milliards d'euros.

La poursuite de la "présence avancée renforcée" en Pologne et dans les pays baltes, n'implique pas l'oubli du "flanc sud" de l'Otan, et spécifiquement de l'Irak pour des missions de formation.

Cependant et du point de vue de stratégie générale, l'objection majeure des membres de l'Otan a été exprimée par la France, pour laquelle "l'enjeu du sommet, ne doit pas être seulement l'effort de défense (70 milliards pour la seule Allemagne), mais aussi la posture d'équilibre vis à vis de la Russie".

SUR LA DISSUASION NUCLÉAIRE

Or, le renforcement de l'alliance atlantique dans le cadre d' un "environnement dangereux, imprévisible et fluctuant", implique le maintien de la crédibilité de la dissuasion nucléaire, comme garantie de sécurité otanienne, dont la doctrine a été définie par le concept stratégique de 2010 et par la posture de dissuasion et de défense de 2012.

Ce renforcement a exigé la rédaction d'une Déclaration conjointe en 79 paragraphes, où des divisions sont apparues entre les États-membres, à propos des questions nucléaires, autrement dit des contradictions, ambiguïtés et risques que fait courir aux pays non nucléaires l'entrepôt des armes nucléaires tactiques en Europe (en nombre de 260).

On peut s'interroger sur l'intégration de la dissuasion française, comme force indépendante, dans le cadre de l'Otan, qui exclut, pour les pays de stockage, le "partage nucléaire" et cela dans la double hypothèse, de l'escalade et de la préemption.

Du point de vue des traités, l'Otan demeure une alliance de sécurité collective, dont une composante essentielle est constituée par des capacités globales de dissuasion et de défense nucléaires.

Sur ce point le Sommet de l'Otan a été à l'image de la crise de doute que traverse l'Europe, dont la volonté d’œuvrer pour un monde sans armes atomiques demeure un vœu déclaratoire et lénifiant.

Pèse toujours dans le débat sur la politique étrangère et sur la politique de voisinage de l'U.E, la conviction que celles-ci sont basées sur la projection des normes et des valeurs, plutôt que sur la force militaire et cette conviction affecte particulièrement l'Allemagne, en raison des relations difficiles qu'elle a eu avec son passé.

Or cette difficulté a continué à produire des effets ravageurs au cours du Sommet, comme elle les avait produit lors de la signature des accords d'association avec les anciennes républiques soviétiques d’Ukraine, Géorgie et Moldavie en 2014.

Le processus d'intégration a permis à la RFA de jouer un rôle signifiant parmi les États-membres, compatible avec ses intérêts économiques, par les mécanismes de coopération supranationale, lui permettant de bénéficier de la protection de l'Otan et de devenir, par défaut, la championne de l'intégration euro-atlantique.

Au courant des trois crises successives, de l'euro, de l’Ukraine et des réfugiés, l'Allemagne a assumé, toujours par défaut, un rôle de chef de file de l'intégration européenne, de moteur économique et de puissance hégémonique, que Trump lui a reproché, dans le but de monnayer le fardeau de la défense, porté essentiellement par l'Amérique (70% des dépenses).

Inutile de rappeler que les fondements de la sécurité internationale sont inclusifs de la confiance mutuelle entre alliés, de la stabilité politique des élites au pouvoir et de la légitimité effective des gouvernants.

SUR LA NATURE DES DÉSACCORDS

Sur ces différents aspects le sommet de l'Alliance a buté avec force, manifestant un désaccord de fond entre pays-membres et imposant une réflexion de long terme sur l'avenir de l'Europe.

Pour résumer,le premier aspect du désaccord a concerné la légitimité interne des acteurs étatiques, le deuxième le lien entre rivalité commerciale et hostilité politique et le troisième, l'approche multipolaire du système international distinct de la gouvernance multilatérale du monde.

Sur tous ces points Tump s'est démarqué des européens.

Quant au premier aspect, concernant la vieille conception de la légitimité et donc la base et les racines du consensus interne, ce dernier, à cause des manipulations médiatiques et informatiques, devient transnational et donc très vulnérable aux attaques extérieures.

Or, la vulnérabilité inter-étatique, électorale ou partisane, définit une nouvelle catégorie de l'influence internationale et constitue désormais la première forme du redoutable "soft power".

Elle a son talon d'Achille dans la fracture sociale, la composition raciale et l'ordre territorial, pesant sur le calcul des rapports des forces, y compris au sein des armées, devenues hétérogènes et "multiculturelles"et, in fine, sur les capacités de combat d'une nation.

La déconnexion des élites vis à vis des opinions est l'expression majeure de ce fossé dangereux, en termes de politiques migratoires, de défense des frontières et de rupture entre les démocraties occidentales, pays islamisés de la bordure atlantique et pays de Visegrad.

L'ordre publique européen a désormais une couleur de rupture et cette couleur est religieuse et raciale.

Quant au deuxième aspect et à l'inversion de la rivalité commerciale en hostilité politique, D.Trump considère désormais l'Europe comme une puissance "hostile", puisque les principaux pays-membres de l'Otan:

- continuent d'entretenir des relations commerciales avec la République Islamique d'Iran, malgré les implications de son pouvoir théocratique dans le terrorisme, son intervention en Syrie et au Yémen et la "sauvegarde" d'un accord, qui permet à ce pays d'accéder à l'arme nucléaire

- se livrent à des transactions avec la Russie, qui contredisent leur endiguement déclaratoire et leurs politiques de sanctions, en contournant l'approvisionnement énergétique de l’Ukraine, censée avoir le soutien de l'U.E.

- entretiennent des politiques anti-israeliennes et pro-palestiniennes, important du terrorisme, de l'islamisme et du conflit au sein des pays européens.

- quant au troisième aspect,le tournant unilatéraliste, multipolariste et sécuritaire de Trump l'emporte sur la philosophie humaniste, anti-identitaire et universaliste des européens.

Le premier tournant est existentiel, le second suicidaire.

Dans une perspective de contraste et d'antinomie profonde, l'économie, chez Trump, est soumise à la politique et le globalisme et la gouvernance à la stratégie hégémonique d'un pays, soit il l'Amérique, la Russie ou la Chine.

Inversant les apparences, l'économie est soumise, par conséquent, à la vision planétaire, eurasienne ou sinique, autrement dit, à l'audace numérique et spatiale pour ce qui est de la puissance missionnaire, au conservatisme innovant et autocratique en ce qui concerne la Byzance de notre temps, à l'emprise civilisationnelle et millénaire pour l'Empire du milieu.

RÉVOLUTION CULTURELLE OU RÉVOLUTION DES PARADIGMES?

Dans cette nouvelle phase de la vie du monde l'alliance avec l'Europe n'est plus la priorité de l'Amérique et, compte tenu du fait que les problèmes de sécurité sont devenus des problèmes de société, il est indispensable d'intégrer à la vision stratégique l'analyse de l'évolution du social.

Or la tendance stable et structurante de la société américaine, dont Trump et l'administration républicaine ne constituent que des épiphénomènes, est de démanteler l'ordre de l'après guerre, pour réécrire une narration des démocraties occidentales, où les intérêts et les valeurs soient enchaînés autour du primat de l'Amérique, celui d'un rapport de forces hégémonique, hiérarchique et systémique.

Rien de plus évident que cette vision du monde ne s'exprime qu'avec la brutalité d'une force originelle et s'adresse aux alliés traditionnels, devenus des vassales et dans les lieux de leur serment d'obédience, l'Otan.

Un lieu de dhimmitude et de paiement de tributs, où s'exerce le troc entre le régime des affaires et du commerce et le régime de la protection et de la sécurité, sous la forge de la peur et d'une stratégie d'affrontement déclaré, celle du rapport de forces pur.

La réécriture de l'avenir passe désormais au travers d'une nouvelle relation entre hégémonie, souverainisme et mutipolarité, car on ne peut planifier une grande guerre pour la maîtrise du monde avec des valeurs humanistes et sans la confiance en soi, sans la volonté de risquer et sans le goût de la suprématie et de la puissance.

Ainsi le sommet de l'Otan ne pouvait être que le reflet de la grande révolution culturelle qui s'annonce, celle d'un Occident disloqué et contestataire.

Une révolution qui sera un irrépressible bouleversement des paradigmes intellectuels, de la légitimité politique et des forces spirituelles en révolte.

Face à ce maelström, une question de vie ou de mort s'impose aux européens: s’éveiller ou disparaître.

En effet, derrière l'ordre ancien se recèlent de grands chocs de civilisation: le suicide démographique, l'islamisation du continent et la révolution numérique.

LE NOUVEL AGENDA POUR LE XXIÈME SIÈCLE.

UNE BIPOLARITÉ RUSSO-AMÉRICAINE

Dans l'immédiat le défi de l'Amérique ne viendra plus de l'UE sous hégémonie allemande, ni de l'Allemagne elle même, libre de se définir à l'Est de l'Europe, mais de l'issue d'un Brexit ,dont la fonction de contre-poids aux puissances continentales sera déjouée et la séduction du "Grand Large' poussera la Grande Bretagne vers une personnalisation financière à la Singapour, aux portes du continent européen.

Le sommet de l'Otan de Bruxelles aura été enfin le tombeau d'une vision de l'Europe comme puissance du "status quo" et le rappel d'une option délaissée et seule réaliste, celle d'une puissance d'équilibre entre l'Est et l'Ouest.

Une réunion tumultueuse pour finir, qui a sonné le glas de Mme Merkel, trop liée à une Europe intégrée, ouverte à une immigration laxiste et hostile aux populismes et aux souverainismes déclarés.

Pour les lecteurs plus lucides, les Chefs d’États et de gouvernements, en simples figurants d'une liturgie désobligeante vis à vis d'Hégémon, ont été tétanisés par Trump, pour avoir entretenu la défense anachronique de l'UE, comme système annihilateur des souverainetés nationales.

En cours de négociation, le Président américain n'a pas oublié de revendiquer une politique étrangère fondée sur les ressources d'un marché mondial de l'énergie, sur le recadrage d'un Allemagne au sein d'une Europe redéfinie à l'Ouest et à l'Est.

Dans une telle perspective la relance de l'Union Européenne ne pourra être que géopolitique et stratégique. Pour l'aspect géopolitique cette approche devra changer d'échelle et partir de la mutipolarité du monde dans l'identification des menaces et des rivalités, et pour l'aspect stratégique, il lui faudra partir des alliances et des coopérations militaires existantes, où la proximité et l'histoire l'emportent sur l'émergence des nouveaux pouvoirs ou sur les revendications des puissances révisionnistes.

WESTPHALIE OU THUCYDIDE? L'ORDRE ANCIEN EN QUESTION

Du point de vue de la perspective historique le sommet de Bruxelles représente un tournant feutré entre la diplomatie du passé et la diplomatie d'aujourd'hui. La première visait à restaurer la stabilité et l'ordre ancien, ainsi qu'à préserver sa légitimité et son système de pouvoir, après des périodes de remises en cause et d'affrontements.

Elle fut la résultante d'une diplomatie conservatrice, disposant d'une multiplicité de contrôles et de contre-poids.

A l'ère d'internet et d'une phase historique de mouvement, où toute sorte de forces échappent au contrôle d'une quelconque règle ou image d'ordre, la diplomatie d'aujourd'hui, démocratique ou d'opinion, apparaît déconnectée des réalités stratégiques et se définit en totale contradiction avec les principes westphaliens, dans le souci d'adapter les comportements étatiques à la rapidités des changements.

Ainsi la diplomatie d'internet ou de Wikileaks est vulnérable à la remise en cause de la légitimité politique (intrusions électorales extérieures) et implique, en revers, une surévaluation stratégique de la sécurité et de l'équilibre des forces, au détriment du consensus interne.

Elle conduit les diplomates et les soldats à rechercher dans les alliances et dans les rapports des forces, la stabilité internationale perdue ou l'assurance de l'unité collective, en vue d'un affrontement grave et imminent.

Son attitude et son discours sont plus proches des recommandations de Thucydide et de sa rhétorique guerrière, que des discours démocratiques des réformateurs néo-kantiens ou néo luthériens de l'Union européenne.

Dans cette lecture de la période que nous vivons, le sommet de l'Otan peut être saisi in fine, comme le prélude à une période de conflits d'envergure, qui présupposent l'unité des coalitions et un rappel des principes qui façonneront le duel du siècle et l'avenir du système international de demain.

Bruxelles, le 27 juillet 2018

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